Ce travail photographique s’inscrit dans une zone de transition, à la croisée d’un rapport intime à la montagne et d’une volonté d’en interroger les représentations visuelles. Il s’agit d’une recherche visant à explorer la complexité de notre relation aux environnements alpins à travers une stratification des regards, des récits et des formes. Mon intention est d’associer une posture critique à une forme esthétique, afin d’ouvrir une lecture plurielle de la montagne.
Je m’ancre dans un héritage familial marqué par une vision scientifique d’abord, puis sportive ensuite. Mon aïeul, Pierre Termier, était géologue, il a étudié les Alpes. Mon grand-père, Denys Termier, était guide de haute montagne, lui les a arpentés. Ce regard transmis constitue un socle à partir duquel je cherche aujourd’hui à opérer un pas de côté. Il ne s’agit pas de renier une vision, mais d’en explorer les limites, et d’en proposer une relecture par l’expérimentation de formats et d’écritures variées.
La montagne, telle qu’elle est abordée ici, n’est pas une image figée, mais un espace traversé par des temporalités multiples. Elle se présente comme un palimpseste : un lieu stratifié, où se superposent les couches géologiques, les récits humains, les souvenirs familiaux, et mes propres projections. L’objectif est d’instaurer une forme de porosité dans la représentation. Inviter le spectateur à ralentir son observation, à ressentir la matérialité du lieu et la complexité des relations qui s’y tissent. J’interroge ainsi la manière dont l’humain peut être replacé au sein de la temporalité propre à la montagne : une durée lente, étendue, inscrite dans les reliefs, très différente de notre temporalité propre.
Ce projet inclut des archives familiales, pensées non comme simples documents, mais comme éléments actifs d’un réseau de sens. Elles rappellent que tout paysage est déjà chargé d’histoires : les lieux que nous arpentons aujourd’hui ont été racontés par ceux qui nous ont précédés. Ces archives viennent enrichir la lecture du présent en y inscrivant une mémoire. Elles interrogent ce que nous voyons de la montagne, mais aussi tout ce qui conditionne ce regard : les images déjà vues, les souvenirs, les affects, les récits transmis.
Déployé sous trois formes, un accrochage, une édition et une exposition d’archives, ce projet cherche à réactiver les images. La montagne y est envisagée comme un espace vivant, en constante transformation, où l’humain n’apparaît plus comme une présence extérieure, mais comme une composante intégrée à un écosystème en mouvement.
Au-delà de la fascination ou de la seule dimension esthétique, ce travail ouvre une réflexion sur notre place dans ces paysages et sur la manière dont nous en produisons les représentations. Il ne s’agit pas de sublimer, mais de rendre lisible une relation avec un milieu que nous habitons, que nous traversons, et auquel nous appartenons.